Pourquoi Mercotte n’a-t-elle jamais eu sa propre pâtisserie ?

Pourquoi Mercotte n’a-t-elle jamais eu sa propre pâtisserie ?

Pourquoi Mercotte n’a-t-elle jamais eu sa propre pâtisserie ?

 

Entretien avec Mercotte

15.09.2025

Mercotte interview 2025

Le succès des chefs se mesure aux étoiles Michelin. Mercotte, elle, n’a jamais couru après cette reconnaissance – elle s’est toujours tenue à l’écart de l’idée de se considérer comme une marque ou même comme une professionnelle. Pourtant, si l’on observe son parcours, on découvre une trajectoire qui vaut bien celle de n’importe quel chef étoilé. Simplement avec d’autres outils : au lieu de diriger une brigade, elle a créé un lien vivant entre la profession et le public.

Celle qui fut la confidente des plus grands chefs pâtissiers, l’un des visages du Salon du Chocolat et jurée du Meilleur Pâtissier, n’a pourtant jamais rêvé d’ouvrir sa propre boutique. Son histoire montre qu’être fidèle à soi-même et faire preuve d’humilité peut parfois valoir plus que n’importe quelle marque.

Sur la scène du Salon du Chocolat

Souvent, plus de deux cents personnes assistent aux démonstrations des plus grands chefs pâtissiers français autour des crèmes, du chocolat et des desserts. Depuis des années, Mercotte accompagne le public. Mais elle se présente toujours avec modestie :
« Je suis seulement une amatrice éclairée… la pâtisserie est un vrai métier. »

Peut-être est-ce justement cette authenticité qui fait d’elle aujourd’hui une figure incontournable de l’univers sucré. Et si Mercotte se décrit comme une « amatrice éclairée », elle est devenue un visage marquant des événements où la profession et le grand public se rencontrent.

Voyages et découvertes de saveurs

Mercotte a beaucoup voyagé – et voyage encore. Ses périples sont souvent l’occasion de dénicher des ingrédients rares :
« Oui, lors d’un voyage à Mayotte (en 1991, ça date !) j’ai découvert le combava. Maintenant on en trouve facilement mais à l’époque c’était très rare. Je l’utilise aussi bien pour le salé, sur un poisson, que pour le sucré, avec parcimonie, et j’en ai toujours à la maison. »

Ce petit agrume si particulier est ainsi devenu un compagnon fidèle de sa cuisine.

Blogs : has been ou gage de crédibilité ?

En 2005, elle lance son blog, La Cuisine de Mercotte, avec l’envie de rendre accessibles les techniques de la haute pâtisserie. À l’époque, les blogs culinaires vivent leur âge d’or, et ses recettes détaillées deviennent des références pour beaucoup.

Aujourd’hui, elle porte un regard plus nuancé :
« Je pense que les blogs ne sont plus très consultés, les réseaux sociaux offrent tellement de contenus que les blogs sont devenus un peu has been. »

Elle reconnaît d’ailleurs :
« Le mien est aussi un peu à l’abandon… Je publie régulièrement pendant la diffusion du Meilleur Pâtissier mais peu en dehors de ces 14 semaines, comme je ne pâtisse plus beaucoup et surtout des desserts qui sont déjà sur le blog. J’ai aussi un emploi du temps très chargé et je ne suis pas si souvent chez moi ! »

Et pourtant, elle ajoute aussitôt :
« Ceci dit, je pense que les blogs sont plus crédibles car les recettes sont beaucoup plus détaillées. Mais la génération actuelle n’éprouve pas le besoin d’approfondir. »

Une analyse réaliste : les blogs ont reculé face aux réseaux sociaux. Mais pour Mercotte, la crédibilité naît de la précision et de la transmission minutieuse – et les professionnels le savent bien.

La simplicité du quotidien

Lorsqu’elle ne prépare pas un grand dessert, elle reste dans l’essentiel :
« Tout simplement le biscuit de Savoie version rapide. »

En pâtisserie aussi, la simplicité a ses vertus : ce n’est pas toujours la complexité qui fait la valeur d’une création, mais la clarté des goûts et des formes.

Un partage gourmand avec sa famille

« J’ai 10 petits-enfants de 29 à 9 ans ! »

Même si tous ne vivent pas près d’elle, et si elle n’a pas pu les initier systématiquement à la pâtisserie, elle leur a transmis une chose essentielle : la sensibilité aux bonnes saveurs.
« J’en ai initié quelques-uns aux macarons et à la pâtisserie… mais je les ai plus initiés à la gastronomie et au goût des bonnes choses. Les plus âgés perpétuent la tradition des restaurants étoilés. »

Les grands noms de la profession

Mercotte est proche des plus grands pâtissiers français – ce n’est pas un hasard :
« Les grands chefs pâtissiers m’apprécient et me le disent, car je les ai beaucoup mis en avant à une époque où ils n’étaient pas sur le devant de la scène comme maintenant. »

Elle n’a donc pas seulement été témoin de l’essor de la profession : elle en a été un véritable acteur, en collaborant notamment de près avec l’Association Relais Desserts.

Salon du Chocolat : le festival qui relie tout

Depuis des années, elle y tient un rôle central : elle anime le Pastry Show, véritable pont entre chefs et public.
« J’anime depuis de nombreuses années le Pastry Show du Salon du Chocolat où les grands chefs viennent faire des démonstrations et le public se presse pour y assister – ils sont souvent plus de 200. »

Mais ce n’est pas tout :
« Ce salon est aussi très diversifié avec une première partie plus réservée aux industriels, d’autres parties réservées aux producteurs du monde entier et une 3e partie réservée aux chefs et artisans, sans oublier les défilés de robes en chocolat chaque jour. »

Et cette année s’annonce particulière :
« Cette année, comme il fête ses 30 ans, il va y avoir plein de surprises, raison de plus pour ne pas le manquer. »

Pourquoi n’a-t-elle jamais ouvert sa propre boutique ?

La question semble évidente : si l’on aime autant la pâtisserie, pourquoi ne pas ouvrir sa maison ? Avec son savoir-faire et sa notoriété, une pâtisserie Mercotte aurait sans doute rencontré un grand succès. Mais sa réponse est claire :
« Sûrement pas. Je suis seulement une amatrice, éclairée certes, puisque j’ai fait de très nombreux stages à l’école du chocolat Valrhona à Tain l’Hermitage. Mais la pâtisserie est un vrai métier, et ce n’est ni ma formation ni mon désir. Amateur éclairée qui connaît les fondamentaux me convient parfaitement ! »

Voilà la clé : Mercotte n’a jamais cherché à bâtir un commerce ni à créer une marque. Son plaisir et sa mission ont toujours été ailleurs : transmettre, valoriser le travail des chefs, créer du lien entre pâtissiers et public.

La transmission assumée

Mercotte regarde déjà vers l’avenir : en 2025, elle a annoncé qu’elle quitterait le Meilleur Pâtissier après la 14ᵉ saison. Pas sur un ton de nostalgie, mais avec sérénité :
« Il faut savoir s’arrêter. »

Un constat juste. La vie professionnelle, comme la pâtisserie, n’est pas seulement une question de création, mais aussi de savoir quand passer le relais. Mercotte montre que la véritable authenticité ne se mesure pas à la durée de présence sous les projecteurs, mais à la manière dont on transmet son héritage.

Mercotte n’a jamais eu de pâtisserie à son nom – et pourtant, elle est devenue une icône du monde sucré français. Pas grâce à une stratégie de marque ou à un business plan, mais grâce à son authenticité, sa modestie et une curiosité toujours vive. Aujourd’hui, beaucoup construisent leur carrière autour d’une identité de marque, d’une boutique et des réseaux sociaux. Mercotte nous rappelle que le succès repose parfois sur une toute autre recette.

Biscuit de Savoie au combava

Réalisé par Georgina

Recette : Biscuit de Savoie au combava (inspirée par Mercotte)

Biscuit de Savoie au combava (inspirée par Mercotte)

Une version professionnelle mais simple, ajustée pour un moule d’environ 24 cm / 10 cups

Ingrédients

  • 8 jaunes d’œufs
  • 10 blancs d’œufs
  • 185 g de sucre (env. 130 g pour les jaunes, 55 g pour les blancs)
  • 120 g de farine
  • 95 g de fécule de pomme de terre (ou maïzena)
  • Le zeste finement râpé d’un combava (ou d’un citron) — à doser avec parcimonie
  • 1 pincée de sel + 1 goutte de jus de citron
  • Beurre + farine pour le moule, sucre glace pour la finition

Préparation

  • Préchauffez le four à 220 °C. Beurrez et farinez le moule, éliminez l’excédent.
  • Fouettez les jaunes avec ~130 g de sucre jusqu’à blanchiment. Ajoutez le zeste de combava.
  • Montez les blancs avec le sel et une goutte de citron. Quand ils moussent, ajoutez peu à peu les 55 g de sucre restants jusqu’à une meringue brillante, bec d’oiseau.
  • Tamisez ensemble farine + fécule.
  • Détendez la masse jaunes-sucre avec 1 grosse c. de blancs, puis incorporez délicatement à la maryse en alternant : un peu de mélange sec → blancs → mélange sec → blancs, en terminant par les blancs.
  • Versez dans le moule aux deux tiers de sa hauteur. Lissez.
  • Cuisson : 5 min à 220 °C, puis 45–50 min à 120–130 °C (jusqu’à ce que le centre soit pris ; tester avec une pique).
  • Retournez le moule sur une grille, laissez refroidir, démoulez. Saupoudrez de sucre glace avant de servir.

Astuce : le combava est très aromatique — mieux vaut en mettre peu pour préserver la légèreté et l’équilibre du biscuit.

Tips de Pâtissier Branding

 

  • Ose explorer de nouvelles saveurs – comme Mercotte l’a fait avec le combava.

  • N’aie pas peur de commencer tard – la passion n’a pas d’âge.

  • L’authenticité se trouve dans les détails – blogs, formats longs.

  • La simplicité a aussi de la force – un biscuit de Savoie peut devenir iconique.

  • Mets les autres en avant – soutenir les chefs rapporte sur le long terme.

  • Cherche les plateformes de rencontre – l’exemple du Salon du Chocolat.

  • Garde toujours l’humilité – la pâtisserie est un véritable métier.

  • Laisse de la place aux autres – la vraie grandeur réside dans la capacité à partager le terrain avec la nouvelle génération.

 

"Une entreprise prospère ne naît pas du fait de tout savoir parfaitement, mais du courage de commencer, d'apprendre et d'évoluer continuellement."

"Un bon pâtissier ne suit pas seulement les recettes, il ose explorer de nouvelles saveurs et tracer son propre chemin."

"Le dessert parfait ne se résume pas à son goût, mais à l'expérience qu'il offre – et c'est ainsi qu'une entreprise devient vraiment inoubliable."

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