Jean-Paul Hévin, l’art du chocolat et la quête de l’intemporalité

Jean-Paul Hévin, l’art du chocolat et la quête de l’intemporalité

Jean-Paul Hévin, l’art du chocolat et la quête de l’intemporalité

 

Interview Jean-Paul Hévin

25.10.2025

Mercotte interview 2025

Lorsqu’on interroge un maître comme Jean-Paul Hévin, les réponses sont souvent d’une grande sobriété. Derrière ses mots mesurés se dessine pourtant un univers entier – un monde où le chocolat dépasse sa propre nature.

Une vie où chaque geste et chaque décision cherchent l’équilibre : créer l’harmonie entre le goût, la forme et l’humain. Dans cet article, j’explore comment cette vision peut devenir une boussole pour les marques artisanales d’aujourd’hui.

Le moment de la découverte

Hévin se souvient de ses débuts :

« Le chocolat était une source à révéler, tout restait à inventer. »

Pour lui, le chocolat a toujours été un territoire d’exploration. Une matière vivante où chaque recette, chaque goût représente une tentative de se rapprocher de l’équilibre parfait.

Construire une marque de pâtisserie, c’est suivre le même chemin : chaque création pose à nouveau la question de ce que signifie « créer de la valeur » aujourd’hui.

Le rythme de la continuité

« Le chocolat est une telle source inépuisable de création que les nouveaux chocolatiers trouveront une nouvelle façon de l’utiliser, que l’on imagine même pas aujourd’hui. »

Pour Hévin, la création est un processus où la rigueur et le jeu se répondent. La créativité circule comme le chocolat en train d’être tempéré : fluide, précis, exigeant. Une marque devient vivante lorsqu’elle trouve cette même cadence – celle d’une voix propre, reconnaissable dans chaque détail.

La décision comme direction

« Prendre des décisions pour défendre ma conception du chocolat. La maison, c’est mon lot quotidien. »

Au fil des années, une marque traverse de nombreux changements et parfois des crises.

Les décisions donnent la direction, mais il faut savoir se souvenir du point de départ. Le maître sait toujours vers quoi revenir lorsque le monde autour de lui évolue. C’est aussi ce qui structure une marque : une éthique, non pas comme une règle figée, mais comme un rythme intérieur auquel on revient sans cesse.

L’attention du luxe

« Le luxe est une méthode haut de gamme, qui ne peut être remplacé par quelques procédé technologique, numérique ou autres. Le luxe se joue en coulisse, ce n’est pas qu’une question d’image. »

Pour Hévin, le luxe ne naît pas dans le spectacle, mais dans la manière de faire. Dans la précision du geste, dans la concentration silencieuse, dans la fidélité à
l’exigence. Lorsqu’il a ouvert ses premières boutiques au Japon, cette attention a pris une nouvelle dimension.

« Les clients japonais sont attentifs à chaque détail. Ils ne pardonnent pas la moindre approximation. »

Le public japonais perçoit chaque nuance : la forme, la couleur, le parfum, jusqu’au mouvement du service. Dans un tel environnement, la précision devient un art de vivre.

Ce qui fut d’abord un défi est devenu pour Hévin une source d’inspiration. Il a compris que la rigueur ne limite pas la spontanéité ; elle lui donne un cadre. La perfection n’est pas une fin, mais un chemin – celui de l’attention constante où le travail et l’existence battent à l’unisson.

 

Mercotte interview 2025

L’espace du collectif

« L’évolution du Salon du Chocolat ne m’appartient pas… J’espère qu’il restera un événement d’échange et de rencontre que j’aime particulièrement. »

En parlant du Salon du Chocolat, Hévin souligne l’importance des rencontres.
Pour la profession, cet événement est plus qu’une vitrine : c’est un lieu où le savoir-faire et la relation humaine se rejoignent. Les marques, elles aussi, vivent de ces échanges : là où se crée une communauté, où le métier dialogue avec le public.

L’épice comme équilibre

Quelle saveur choisirait-il pour se définir ?

« Alors s’il fallait choisir, je dirai épicé, parce que mon parcours a été fait de
moments exaltants, intenses, excitants comme les épices. »

Ce mot, « épicé », décrit parfaitement son univers. L’épice, c’est la mesure juste : assez présente pour marquer, jamais pour dominer.
Le parcours d’Hévin suit la même logique – discipliné, mais vibrant. Sa passion s’exprime dans la nuance plutôt que dans l’éclat. Une marque se construit de la même manière : quand les proportions sont justes et que chaque détail trouve sa place.

Biscuit de Savoie au combava

Ce qu’une marque artisanale peut apprendre d’Hévin

 

Que l’attention est une valeur en soi.
Que la discipline et l’émotion appartiennent au même langage créatif.
Que le luxe réside dans la qualité de la présence – dans la précision des gestes et
dans la sincérité du regard.

Une marque reste crédible lorsque, derrière chaque décision, on devine la main et
l’esprit de celui qui crée : celui qui observe, qui écoute, qui façonne, sans se presser.

 

"Une entreprise prospère ne naît pas du fait de tout savoir parfaitement, mais du courage de commencer, d'apprendre et d'évoluer continuellement."

"Un bon pâtissier ne suit pas seulement les recettes, il ose explorer de nouvelles saveurs et tracer son propre chemin."

"Le dessert parfait ne se résume pas à son goût, mais à l'expérience qu'il offre – et c'est ainsi qu'une entreprise devient vraiment inoubliable."

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ChocoMe : cacao, courage et création de marque

ChocoMe : cacao, courage et création de marque

ChocoMe : cacao, courage et création de marque

Photo: chocoMe

Si l’on cherche le meilleur cacao du monde, on finit rapidement par arriver au Venezuela. Ce pays est à la fois fascinant et paradoxal : paysages pittoresques, villages côtiers et plantations centenaires de cacao côtoient instabilité politique et économique, pénurie de carburant et problèmes d’infrastructures. Voyager jusqu’ici est souvent un véritable défi, mais ceux qui atteignent le cœur du cacao découvrent des saveurs introuvables ailleurs.

Gábor, le fondateur de chocoMe, avait déjà voyagé à plusieurs reprises dans les Caraïbes et au Nicaragua pour visiter des plantations. Même si, à l’époque, la situation politique l’avait obligé à quitter précipitamment le Nicaragua, ces expériences l’ont profondément marqué et ont renforcé son désir de connaître personnellement les origines du cacao.

Récemment, il a pu se rendre au Venezuela afin de rechercher les génétiques de cacao les plus exceptionnelles. Au cours de ce voyage, il a visité neuf exploitations, dont certaines totalement inconnues jusque-là sur le marché international.

Des fermes qui sont bien plus que de simples plantations

Le cacao vénézuélien est mondialement réputé : dans les villages de Chuao et Choroni, on cultive des fèves considérées parmi les meilleures par presque tous les chocolatiers.

Cette fois, Gábor a exploré d’autres régions : Sur del Lago, Montalban, Canoabo, Borburata, Patanemo – autant de lieux où le cacao pousse sur de petites fermes familiales nichées dans des paysages splendides. Ces producteurs vivent souvent dans des conditions difficiles : acheminer le cacao de la ferme au port ou à la ville se fait sur des pistes dégradées, avec des véhicules précaires, et demande une montagne de démarches administratives avant de quitter le pays. Il n’est pas rare que le cacao doive franchir jusqu’à 70 étapes avant d’arriver à Budapest – des semaines d’organisation, d’autorisations et de contrôles.

Des saveurs qui valent tous les efforts

Un tel parcours exige évidemment une énergie considérable, mais selon Gábor, cela en vaut largement la peine. Ces fermes révèlent des cacaos d’une rareté et d’une singularité incomparables. Autrefois, ces fèves précieuses se perdaient dans les collectes des grandes coopératives, mélangées à celles d’autres producteurs. Aujourd’hui, la possibilité d’acheter directement aux petits cultivateurs permet de préserver et de mettre en valeur ces profils aromatiques uniques dans les tablettes chocoMe.

« La relation éthique est un principe essentiel »

Pour Gábor, il est fondamental de se procurer chaque ingrédient – cacao, noisettes, pistaches – à travers une relation humaine directe. Sa présence personnelle est une valeur ajoutée immense : elle lui permet non seulement d’assurer la qualité des matières premières, mais aussi de connaître les personnes qui les produisent. Chaque voyage est ainsi, pour lui, à la fois professionnel et profondément humain.

Un chocolat pur – sans compromis

La philosophie de chocoMe est simple : révéler au maximum la saveur naturelle du cacao. Les chocolats bean-to-bar de la maison ne contiennent que des fèves de cacao et du sucre – aucun arôme, aucune huile de palme, aucune graisse végétale ni lécithine. La pureté du goût est primordiale : tout ajout viendrait masquer le vrai caractère du cacao.

Des trésors au-delà du cacao

Au-delà de cette aventure vénézuélienne, Gábor apporte aussi en Europe une autre curiosité : le jus de cacao, extrait de la pulpe blanche entourant les fèves. Une entreprise équatorienne le pasteurise directement sur les fermes, dans des laboratoires installés sur place, puis il est embouteillé à Amsterdam afin d’en préserver la fraîcheur fruitée. Cette boisson reste pratiquement inconnue en Europe, et Gábor se réjouit de la faire découvrir au grand public.

Salon du Chocolat Paris 2025 – une vitrine mondiale

L’histoire se poursuivra bientôt à Paris : au Salon du Chocolat, où Gábor expose depuis plus de dix ans. Cette année encore, il présentera des nouveautés exclusives : un dragée aux notes de noisette et de noix, légèrement fumé, ainsi que deux nouvelles tablettes – qui ne seront officiellement lancées que l’année prochaine.

Pour lui, le Salon est un lieu unique où les meilleurs chocolatiers du monde échangent, s’inspirent mutuellement et où il reçoit en direct les retours du public sur ses créations.

Photo: chocoMe

English version

ChocoMe: Cocoa, Courage, Brand Building

If someone is searching for the world’s best cocoa, they will quickly arrive in Venezuela. This country is at once fascinating and contradictory: picturesque landscapes, coastal villages, and centuries-old cocoa plantations stand in sharp contrast with political and economic uncertainty, fuel shortages, and infrastructure problems. Traveling here is often a serious challenge, but those who reach the heart of cocoa will encounter flavors found nowhere else.

Gábor, the founder of chocoMe, had already traveled several times to various countries in the Caribbean and to Nicaragua, where he also visited cocoa plantations. Although he and his team had to flee Nicaragua at the time due to the political situation, these experiences left a deep mark on him and further strengthened his desire to discover cocoa at its original sources.

Recently, he made it to Venezuela in search of the most unique cocoa genetics. During the trip, he visited nine farms, including some that had previously been completely unknown on the international market.

Farms that are more than just plantations

Venezuelan cocoa is world-famous: in the villages of Chuao and Choroni, for example, they produce beans that almost every chocolatier considers among the very best.

This time, however, he also explored new regions: Sur del Lago, Montalban, Canoabo, Borburata, and Patanemo – all places where cocoa is grown on small family farms in breathtaking natural surroundings. These small-scale farmers often live under difficult conditions: transporting cocoa from the farm to the port or city usually happens on dirt roads, in poorly maintained vehicles, and is followed by mountains of paperwork before the beans can even leave the country. It’s not unusual for the cocoa to pass through 70 different steps before it finally arrives in Budapest – a process involving weeks of organization, permits, and inspections.

Flavors worth the struggle

All this naturally requires huge effort, but according to Gábor, it’s worth it. On these farms, he finds cocoa rarities that are truly unique in the world. In many cases, such rare beans had previously been “lost” within the collections of large cooperatives, mixed together with other producers’ beans. Now, however, there is an opportunity to buy directly from small farmers – ensuring that these flavor profiles can appear in their pure form in chocoMe’s bars.

“Ethical relationships are essential”

For Gábor, it is a core value that every ingredient is sourced through direct human relationships, whether cocoa, hazelnuts, or pistachios. He believes personal presence adds enormous value: it allows him not only to know the quality of the raw materials but also to connect with the people who grow them. This is why every journey for him is both a professional and personal experience.

Pure chocolate – without compromise

The philosophy of chocoMe is simple: to bring out as much as possible of cocoa’s natural flavor. chocoMe’s bean-to-bar chocolates consist essentially of only cocoa beans and sugar – with no added flavorings, palm oil, vegetable fats, or lecithins. For him, flavor purity is paramount – anything else would only take away from cocoa’s true character.

Delicacies beyond cocoa

In addition to Venezuelan cocoa, Gábor is also introducing another specialty to Europe: cocoa fruit juice, which is extracted from the white pulp surrounding the beans. A company in Ecuador pasteurizes it directly on the farms, in labs built on-site, and then bottles it in Amsterdam, preserving its fresh, fruity character. This drink is almost unknown in Europe, and Gábor is excited to present it to the public.

Salon du Chocolat Paris 2025 – another showcase before the world

The story soon continues in Paris: at the Salon du Chocolat exhibition, where Gábor has been exhibiting for more than ten years, he will once again unveil special novelties. Alongside a hazelnut- and walnut-like, lightly smoky dragée, he will present two new chocolate bars – products that will officially launch only next year.

For him, the Salon is an environment where the world’s best chocolatiers exchange experiences, inspire each other, and where he receives direct feedback on his innovations from the wider public.

Tips for pastry chefs and brand builders

The story of Gábor Mészáros is about how to build a brand authentically, guided by strong values. The following three tips can serve as direction for brand building:

  • Be open to new opportunities
    Special ingredients, new suppliers, and inspiration find those who actively seek them – sometimes on the other side of the world.
  • Dare to step out of your comfort zone
    Traveling to Venezuela, visiting farms, taking on logistical challenges – these are the decisions that bring uniqueness, setting a brand apart from others.
  • Build personal relationships
    The foundation of a strong brand is human connection: trust with producers, partners, and ultimately with customers. This trust is something nothing can replace in the long run.

Conseils aux pâtissiers et aux bâtisseurs de marque

 

L’histoire de Gábor Mészáros illustre comment construire une marque authentique, portée par de fortes valeurs. Voici trois conseils qui peuvent guider tout projet de marque :

Soyez ouverts aux nouvelles opportunités
Ingrédients rares, nouveaux fournisseurs, sources d’inspiration… ils s’offrent à ceux qui les cherchent – parfois à l’autre bout du monde.

Osez sortir de votre zone de confort
Voyager au Venezuela, parcourir les fermes, affronter les obstacles logistiques – ce sont ces choix qui apportent l’originalité et distinguent une marque des autres.

Construisez des relations personnelles
La base d’une marque forte, ce sont les liens humains : la confiance avec les producteurs, les partenaires et, en fin de compte, avec les clients. Cette confiance est irremplaçable sur le long terme.

 

"Une entreprise prospère ne naît pas du fait de tout savoir parfaitement, mais du courage de commencer, d'apprendre et d'évoluer continuellement."

"Un bon pâtissier ne suit pas seulement les recettes, il ose explorer de nouvelles saveurs et tracer son propre chemin."

"Le dessert parfait ne se résume pas à son goût, mais à l'expérience qu'il offre – et c'est ainsi qu'une entreprise devient vraiment inoubliable."

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